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  • sandra

[Vélodyssée. Jour 23.]

Nantes



Je vous écris du train, les gars.

Voilà, ça y est, je suis arrivée à Nantes.

C’était hier.

Quand je suis descendue ce matin-là, un petit déjeuner de table d’hôtes m’attendait.

Ils ont fait ça bien, Fabiola et Emmanuel. Ils avaient l’air de savoir que l’odeur du café et le tendre des viennoiseries allégeraient la lourdeur de mes émotions.

On a partagé ce repas du matin en reprenant nos anecdotes là où on les avait laissées la veille et leur lumière s’est ancrée dans ma poitrine.

Et tu sais ce qu’ils ont fait, aussi?

Ils sont montés sur leur vélo et ils m’ont escortée jusqu’à Nantes.

Ils m’ont offert un cortège d’arrivée.

Ils étaient hyper contents d’enfiler à nouveau leurs tenues de vélo et de reposer leurs fesses sur une selle, ça se voyait à la manière dont leurs corps rayonnaient. C’était aussi pour eux un moyen de retrouver la douceur de leur voyage.

On avait quinze kilomètres à parcourir jusqu’à Nantes et cette balade n’a été que sourire. Ils m’ont portée avec leur joie et leur légèreté d’être et ils ont redonné à mon ciel la couleur du commencement.

Ils étaient là pour prendre ma photo d’arrivée.

Avec le panneau Nantes.

La photo du départ, celle d’Hendaye, je l’ai prise seule.

La photo d’arrivée, avec le panneau Nantes, ils étaient là.

C’est joli comme résumé de cette histoire, non?

On s’est quittés, des merci plein la bouche et du soleil plein le guidon en se disant que l’on continuerait à se suivre.

Et puis j’ai entamé ma visite de Nantes.

Je suis allée droit sur l’île aux machines, j’avais un rêve de gosse adulte à réaliser. Des années que je voulais croiser la route de l’éléphant. J’ai tourné un peu autour des hangars et puis au détour d’un virage j’ai vu son immense silhouette se dessiner. J’ai souri. Je me suis approchée tout doucement, je ne voulais pas abîmer la magie de cette rencontre.

Et quand il s’est mis à avancer et à souffler de l’eau avec sa trompe, c’est là que tout est sorti.

Je veux dire, la bourrasque des émotions. Elle m’a un peu submergée.

J’étais là, à Nantes, après vingt jours d’itinérance minimaliste, devant cet éléphant, les sacoches pleines à craquer de rencontres pas du tout minimalistes. Mon vélo n’a jamais été aussi léger qu’à l’instant même où cet éléphant a pleuré avec moi.

Et puis, j’ai retrouvé mon guide du jour.

Avec lui, j’ai vu l’éloge de la transgression. Je crois qu’il savait très bien ce qu’il faisait en m’emmenant voir cette petite fille qui foutait le camp de son socle.

Je ne le comprends qu’à l’instant où je te le dis, les gars.

Il a dit, le plus beau dans l’écriture, c’est l’ellipse.

Et il savait très bien.

Je n’ai pas vu Nantes dans son entièreté mais de toute façon c’était impossible. J’ai volé quelques images et j’ai savouré l’échange de bons mots.

Ça aussi, c’est voyager.

Assise dans ce train, je me dis que les personnes que j’ai croisées ces derniers jours m’ont tellement cajolée de sourires et de soleil, qu’elles sont venues coller les dernières rustines sur mes doutes et mes faiblesses pour qu’elle roule et roule toujours cette poupoule à l’envie d’ailleurs.

Et vous aussi les gars.

Avec vos mots d’amour, vos mots de tous les jours qui m’ont fait quelque chose.

Vous l’avez très bien compris, tous, Nantes ce n’est pas la fin.

C’est que le début.





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