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  • sandra

[Vélodyssée. Jour 22.]

Ponchâteau - Sucé-sur-Erdre



Hier, c’était ma dernière journée à rouler pour de vrai.

Je veux dire, à rouler toute une journée. Pour aller d’un point A à un point B assez éloigné.

J’ai mis du temps à partir.

J’étais contrariée car les fortes pluies de la nuit avaient fendu un des arceaux de ma tente. Et ma tente, c’est pas vraiment la mienne, c’est un copain qui me l’a prêtée. J’ai appelé une amie, j’ai dit ça fait super chier pour le dernier jour, elle a dit, Sandra, de toute façon, tu ne peux rien y faire alors profite et on verra ça à ton retour. Elle a chassé la contrariété avec son accent qui guérit tout et j’ai pu commencer ma journée.

Comme au premier jour de cette aventure, mes voisins de camping, intrigués par ma solitude, m’ont gentiment offert un café. Un vrai café.

Je me suis dit que la boucle commençait à se boucler.

Jacky était un fou de vélo, il venait d’acheter le guide de la Vélofrancette alors il avait mille questions à me poser.

Ils ont déposé un petit bout de leur vie dans mes oreilles parce qu’ils en avaient besoin, ils en avaient envie.

Je suis allée prendre ma douche et en revenant à ma tente, il y avait un petit rayon de soleil qui pointait le bout de son nez au milieu du ciel imbibé alors j’ai eu bon espoir. Vingt minutes plus tard, le temps de ranger toutes mes affaires et de charger le vélo, il s’est mis à pleuvoir des cordes. Je me suis abritée quelques minutes supplémentaires dans les histoires de Jacky et d’Isabelle et puis quand l’averse s’est arrêtée, j’ai enfin pris la route. Il n’était pas loin de midi.

J’ai rejoins la Vélodyssée à Guenrouet mais pour ça, il a fallu que je traverse la Brière sur des départementales un peu fréquentées et plutôt bruyantes.

Je ne m’entendais plus penser. Et je crois que pour un matin de fin c’était tant mieux.

Une fois la piste retrouvée, Lorraine m’a appelée. Elle m’a dit, meuf, ça me fait trop plaisir de t’entendre. Elle voulait savoir si je n’étais pas trop triste que ce soit la fin et me dire de surtout profiter au maximum de cette journée.

Elle a trouvé le moyen d’être avec moi sur cette dernière étape, la gosse.

Elle était là, tu vois, avec moi.

Et ce geste, il dit juste que oui, un lien s’est tissé, créé entre nous.

Et qu’il ne tient qu’à nous de le préserver.

J’ai emprunté le canal de Nantes à Brest pour rejoindre Sucé sur Erdre.

Au début j’ai trouvé ça joli.

J’ai pris mon temps. Ou plutôt c’est le temps qui m’a enveloppée. J’ai essayé de l’arrêter mais je n’ai pas réussi. J’ai juste trouvé le moyen de le prolonger un peu.

J’ai fait des pauses, des pauses babybel sur un petit banc qui me semblait approprié, des pauses photos, des pauses flan de courgette aux abords d’une caravane qui en proposait des délicieuses, des pauses m&m’s et des pauses de rien. J’ai pris le chemin des écoliers comme on dit, j’ai étiré le temps au maximum.

J’ai vu des promeneurs du lundi balader leur chien et des vieux amoureux se tenir par la main.

Ça sentait la vache et l’herbe mouillée. Et je me suis dit que cette dernière balade avait un goût de poésie.

Et puis, pendant que j’avais le dos tourné, le temps s’est mis à défiler, comme ça, sans prévenir. Sauf que, les kilomètres à parcourir étaient toujours là, eux.

Alors il a fallu que j’appuie fort sur les pédales pour arriver chez Emmanuel à une heure décente.

Et au bout de quarante kilomètres, longer le canal m’a paru un peu moins bucolique qu’au début. Ça n’en finissait pas de défiler, toute cette eau. Et de m’éclabousser, toute cette terre.

Je suis finalement arrivée un peu tard.

Sale et couverte de sable.

Mais tellement contente de rencontrer cette nouvelle famille.

Emmanuel, il m’a écrit dès le premier jour de mon parcours.

J’avais posté un message sur un des groupes facebook car je cherchais un hébergement à Bayonne. Il m’a dit qu’il habitait près de Nantes et qu’il pourrait m’héberger sur la fin de mon odyssée. Il m’a expliqué brièvement qu’il revenait d’un voyage de cinq mois à vélo, à travers l’Europe, avec sa femme et ses enfants.

Alors, forcément moi j’ai dit d’accord. J’étais beaucoup trop curieuse d’entendre leur histoire.

Et plus j’avançais sur la Vélodyssée et plus leur expérience résonnait en moi et plus j’avais une demie tonne de questions à leur poser.

On a pris l’apéro sur leur terrasse à la vue magnifique. Ils ont dit l’apéro c’est juste obligé après une journée de vélo et j’étais très d’accord. Et là, on a commencé à parler et ça a duré jusque très tard.

Ils m’ont raconté et j’ai raconté aussi.

Ils m’ont raconté et j’ai rêvé devant leur audace, devant leurs sourires et les souvenirs qu’ils égrenaient devant moi.

Je me suis dit qu’ils avaient eu tellement raison d’écouter leur envie et de se mettre en mouvement. Ils ont dit, on n’en sort pas indemnes et j’ai bien voulu les croire.

J’ai pensé en entendant le millier d’anecdotes sortir de leur boîte à souvenirs que moi aussi je voulais ne pas sortir indemne, que moi aussi je voulais écouter mon envie, que moi aussi je voulais l’audace.

L’audace de l’envie.

C’était déjà en marche tout ça mais leur histoire m’a prouvé que tout était très possible. Et que rien n’était barrière.

J’ai aimé ce couple et leurs enfants. J’ai aimé les voir raconter et s’échapper, j’ai aimé la façon qu’ils avaient eu de voir la vie.

J’ai mangé les meilleures lasagnes du monde. Le meilleur tiramisu aussi.

Et c’est pas des paroles en l’air.

Les meilleurs.

Absolument.

Parce qu’ils n’avaient pas du tout un goût de fin.

Je me suis couchée dans un grand lit, lovée dans des draps qui sentaient bon.

Repue de lasagnes, d’histoires et de magie.



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