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  • sandra

[Vélodyssée. Jour 21.]

Guérande - Piriac - Pontchâteau


Je me suis levée tôt ce matin les gars.

C’est que, tu vois, j’avais rendez-vous.

J’ai pris la route des marais, celle qui mène à Guérande. La lumière était incroyable et ses reflets dans les étendues d’eau encore plus. Il a fallu que je m’arrête, une fois, deux fois, cinq fois. C’était trop beau pour être dévalé.

J’allais être un peu en retard mais je savais qu’il comprendrait.

Et puis, au détour d’un virage, j’ai reconnu sa silhouette. Il était là à nouveau. Comme si hier n’avait pas existé.

J’ai retrouvé Jean Claude, les gars, le temps d’une journée, le temps de quelques heures.

On s’est accordé un bonus.

Quand il a su que je traînais du côté de Guérande, il m’a aussitôt proposé de me faire découvrir le coin et de déjeuner avec lui et sa famille. J’ai dit oui. Évidemment que j’ai dit oui.

Il m’a donné rendez-vous au milieu des marais salants, à l’heure où le jour se réveille et où sa lumière sublime tout.

C’est un cadeau qu’il m’a fait, c’est sûr.

J’ai pris des photos, il m’a prise en photo, il m’a prise en photo en train de prendre des photos, comme au temps où hier était encore aujourd’hui.

On est allés boire notre café à Guérande et je suis tombée amoureuse des murs de cette ville. On a pris deux grands cafés, comme au temps où aujourd’hui n’était pas encore hier. Il est allé nous chercher des viennoiseries à la boulangerie d’à côté et il n’a pas attendu une petite éternité avant d’être servi.

Il a réparé l’histoire.

On est remontés sur nos vélos et de jolis points de vue en jolis points de vue, on est arrivés jusqu’à sa maison de vacances. On ne s’est pas perdus cette fois et je crois que j’ai trouvé ça dommage.

Mais, on ne peut pas réécrire chaque chapitre à l’identique.

J’ai été accueillie par des sourires larges et francs, des sourires franchement larges, il avait parlé de notre rencontre à ses proches et on aurait dit que j’avais déjà une place parmi eux.

Il a fait chauffer les braises du barbecue pendant que je faisais connaissance et, devine, il avait prévu du chorizo. Et même un camembert. Il avait saisi au vol les détails les plus insignifiants de mon flot de paroles quotidien, il les avait mis en boîte comme s’il savait qu’un jour ça servirait.

Et moi j’aime bien que l’on mette mes détails en boîte.

Surtout les plus insignifiants.

Après l’apéro, on s’est passé le sel, la moutarde et le pain et j’ai été enveloppée dans cette famille comme si ça avait été la mienne. Plusieurs heures plus tard, une part de tarte aux fraises et une autre de kouign-amann au fond de l’estomac, il a fallu que je me résigne à partir.

Je n’en avais pas vraiment envie mais il valait mieux que je prenne un peu d’avance pour la journée de demain.

Ou plutôt que je ne prenne pas trop de retard.

Alors on a regardé une dernière fois la carte, on a tracé mon itinéraire avec nos doigts, j’ai dit ça va, quarante bornes ça va aller, il m’a dit, tu sais tu peux rester ce soir, ça m’a chatouillé le nez mais j’ai répété que ça irait.

On a fait une photo de groupe, pour garder la trace de ces rencontres en matriochka. Tout le monde a souri. Personne n’a fermé les yeux.

J’ai salué tout ce petit monde et j’ai dit merci beaucoup à Cathy, la femme de Jean Claude.

Il a enfourché son vélo pour m’accompagner quelques mètres et les quelques mètres passés, il a fallu se dire au revoir.

Une deuxième fois.

Ça n’a pas été plus simple que la première fois et ça m’a gratouillé le nez à nouveau même si on était conscients que c’était du rab, cette journée, et que c’était déjà bien.

On s’est quittés sur des promesses de nouveaux parcours à partager.

On dirait bien les gars, que l’histoire n’est pas terminée.

J’ai mis mon casque et je suis partie seule sur les départementales presque bretonnes. Le corps au frais, le coeur au chaud.

Mais ce soir, c’est la nostalgie qui me gagne. Parce que c’était trop bien, c’était trop vite, trop plein.

Parce que demain c’est ma dernière étape avant Nantes.

Et que Nantes, c’est la fin.

Et que Nantes, c’est déjà la fin.




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