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  • sandra

[Vélodyssée. Jour 19.]

Dernière mise à jour : août 23

Noirmoutier - Pornichet

Hier soir j’ai été accueillie par Virginie à Pornichet.

Je suis arrivée plus tôt que prévu et j’ai trouvé ça chouette qu’elle s’adapte aussi facilement à mon itinéraire un peu brouillon.

On a beaucoup, beaucoup, beaucoup parlé.

On a parlé, beaucoup.

De la vie, un peu.

De nos vies, surtout.

C’est toujours un peu riche de réfléchir à deux. Avec elle je me suis interrogée sur le sens de cette aventure que j’étais censée faire seule.

J’ai été très peu seule finalement sur l’ensemble de cette odyssée.

Alors se pose la question de la rencontre avec moi-même.

Où se situe-t-elle au milieu de toutes ces vies croisées?

Et puis à force d’en parler avec elle, je me suis dit que les personnes qui ont fait un bout de chemin avec moi, je les ai choisies. Et je crois qu’à travers les autres, tu apprends sur toi, aussi. Et sur qui tu as envie ou non de faire rentrer dans ta vie. Je n’ai pas cherché la rencontre à tout prix. Elles se sont présentées à moi et j’ai été libre de leur donner une place dans mon histoire. Grâce à elles j’ai connu la fluidité, l’évidence. J’ai su que ça existait, que c’était possible. Pour de vrai. Cette fluidité, cette évidence que tu attends. Et même avec des inconnus. Et encore plus avec des inconnus.

Je sais maintenant de quoi je veux m’envelopper. Dans quoi je veux me plonger.

Quels genres de rapports humains je veux investir.

Et puis je sais aussi que je peux aussi bien être seule qu’être deux, trois ou dix.

Virginie est revenue sur cette phrase que j’ai écrite plusieurs fois, à deux on va plus vite, on va plus loin. Elle a dit c’est vrai, à condition d’être avec les bonnes personnes. Celles qui résonnent avec toi à l’unisson. Elle a raison. Parce que finalement hier, j’ai fait route toute seule. Et je suis aussi allée vite. Et je suis aussi allée loin.

J’ai quitté Noirmoutier avec l’idée d’arriver à Pornic et j’ai finalement passé la soirée avec elle et sa famille à Pornichet.

J’ai douté d’y arriver quand, vent de face, je n’arrivais plus à avancer.

J’ai douté d’y arriver quand j’ai perdu la trace de la Vélodyssée puis retrouvée puis reperdue. Je me suis dit que je m’étais un peu emballée en lui annonçant mon arrivée pour l’apéro.

Et je suis arrivée, pile poil pour l’heure de l’apéro.

En quittant ma sœur, j’ai suivi les panneaux qui indiquaient la sortie de l’île, je pensais reprendre le pont et puis je suis passée voir le passage du Gois, bah oui, quand même.

Je n’avais pas spécialement vérifié les horaires des marées, je m’étais juste dit que j’allais jeter un œil, comme ça pour voir. J’ai vu que des voitures et des cyclistes s’engageaient sur la route alors je me suis dit que ce serait dommage de ne pas l’emprunter moi aussi.

Et j’ai bien fait, les gars.

D’abord parce que c’était vraiment joli, cette mer qui commençait à recouvrir la terre de flaques d’argent. Et puis tous ces pêcheurs à la gratouille et aux bottes jaunes rendaient le spectacle encore plus authentique. Il régnait comme une fébrilité dans l’air, une ambiance de vite vite dépêche toi de gratter le sable, vite vite dépêche toi de nous prendre en photo. En vérité, on avait largement le temps. Mais les histoires racontées, les histoires entendues de personnes prises au piège par la marée, rendaient le passage sur cette route encore plus excitant.

Une fois le Gois passé, j’ai retrouvé le marquage de la Vélodyssée et mes jambes ont fait le reste. Le vent m’a accompagnée tout le long du chemin et je me suis demandé si je n’aurais pas préféré la pluie.

Je me suis dit ça, oui.

Parce que faire face au vent c’est compliqué. Il fatigue les nerfs et embrouille les idées. Mais j’ai tenu bon. J’ai pris le temps de m’arrêter manger avant de laisser la fringale s’installer. J’ai trouvé un mignon pré au milieu de rien et j’ai ouvert une boîte de thon.

Un petit festin au milieu du sauvage.

Je me suis trouvée privilégiée d’être seule au monde.

J’ai croisé très peu de monde et ça m’a convenu aussi.

Je me suis bien rencontrée pour le coup.

Je me suis encouragée. En mangeant des trucs sucrés et en me disant aller Sandra t’es très capable.

J’ai fait une pause à Pornic. J’ai bu la moitié d’une pinte parce que seule, quand même, tu bois un peu moins. J’avais mes forces en faiblesse mais j’avais vraiment envie de tenir mon engagement auprès de Virginie. Je n’allais pas faire que ça de la balader dans mon à peu près alors j’ai repris la route et je me suis engagée sur le pont de Saint Nazaire. Jean Claude m’avait prévenue que la traversée était un peu limite mais je me suis dit que je pouvais le faire. En vrai, j’aurais dû l’écouter. Parce que la voie pour les cyclistes est très étroite et que la prise au vent est assez importante. J’ai eu peur de flancher, j’ai eu peur de l’écart, j’ai eu peur des camions. Je me suis sentie plus que rien du tout. J’ai serré les dents et les fesses jusqu’au moment de la descente.

Arrivée à Saint Nazaire, j’ai chanté à tue-tête Ne m’appelez plus jamais France, ne me demande pas pourquoi, c’est une histoire de famille. J’ai chanté, chanté mais je n’avais plus que le refrain en tête alors à force ça devenait un peu chiant. Mais j’ai continué à chanter jusqu’à ce qu’une grosse averse me fasse taire. Je n’ai eu de la pluie qu’à quinze kilomètres de mon arrivée et j’ai trouvé que c’était un bon deal. En même temps, j’avais fait la paix avec la météo alors elle a été plutôt clémente avec moi du coup.

Je suis arrivée chez Virginie, 90 km au compteur, un truc de cet ordre là, je ne sais pas vraiment et ça m’intéresse peu.

Une douche hyper chaude et une serviette sentant le propre m’attendaient.

Le luxe les gars, le luxe.

Elle m’a demandé si j’avais besoin de faire une machine et c’était la plus belle proposition qu’elle pouvait me faire. On a pris l’apéro dans le jardin. Son amoureux nous a cuisiné des légumes à la plancha. Et elle m’a préparé un dessert de rêve. Mais genre de rêve bleu, tu vois.

Et puis on a beaucoup, beaucoup, beaucoup parlé.

On a parlé, beaucoup.

De la vie, un peu.

De nos vies, surtout.




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