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  • sandra

[Vélodyssée. Jour 17 et 18.]

Dernière mise à jour : août 23

Noirmoutier



Première nuit sur l’île de Noirmoutier.

Plein vent. Pleine pluie.

Je n’ai pas beaucoup dormi.

Au matin, tout était trempé et il continuait à tomber une espèce de crachin, un truc un peu persistant, comme si le ciel n’avait pas fini d’être essoré.

J’avais prévu de rester trois nuits au camping de la Pointe mais quand ma soeur m’a proposé de m’accueillir dans leur loc de vacances, je n’ai pas mis longtemps à dire oui.

J’ai mis du temps, par contre, à sortir de ma tente, je n’avais pas très envie d’affronter la réalité de tout ce gris.

Il a bien fallu que je finisse par mettre le nez dehors. J’ai boudé la douche du camping, j’avais beaucoup trop froid. J’ai admiré pour de vrai tous mes voisins de tente qui avaient l’air d’être là pour un petit moment. Je suis descendue sur la plage, j’ai marché pieds nus dans le sable, jusqu’à l’eau, comme ça, au réveil, et j’ai essayé de faire la paix avec la météo.

Je lui ai dit que ce n’était pas grave, qu’il y avait des jours avec et des jours sans.

J’ai trouvé ça vraiment difficile de tout replier sous la flotte ce matin là, et je me suis dit que j’étais bien contente de ne pas avoir à repartir sur le vélo.

Enfin, sur le moment je me suis dit ça. Parce que, quelques heures plus tard, j’avais déjà la bougeotte et une furieuse envie de repartir. Je l’ai mise un peu en sourdine, histoire de profiter de ces quelques jours de repos, de ces quelques jours en famille.

J’ai essayé de me laisser vivre, j’ai fait tellement de bisous à ma nièce qu’elle risque d’avoir l’empreinte de mes lèvres sur ses joues jusqu’à ses dix-huit ans, au moins, j’ai fait une sieste, une sieste les gars, et pas une petite, sur un vrai canapé. Et puis, on s’est baladées, on a mangé une crêpe, on a léché les vitrines à la recherche de la marinière parfaite et du ciré idéal. On a mangé du jambon et du fromage à l’apéro et on a bu du vin local. On a pris le temps et c’était nécessaire. Quand je suis arrivée sur l’île j’étais vraiment épuisée. Ce ne sont pas tant les kilomètres à vélo qui m’ont fatiguée que les nuits dehors, les nuits en pointillé, les nuits qui ne réparent rien.

Je ne vais pas vous mentir, ce n’est pas toujours simple de ranger le confort au placard, il y a des jours un peu plus brouillons que d’autres mais c’est le prix de la liberté, je crois.

Mais c’est bon, j’ai fait le plein de sommeil confortable, de sommeil silencieux et chaud. Je vais pouvoir affronter les quatre jours qui me restent le coeur en bandoulière et les sens en alerte.

Dans l’après midi, je suis allée laver mon vélo. Je n’avais pas de monnaie pour mettre en marche la machine alors j’ai vadrouillé un peu en me disant que je trouverais bien un café où m’installer et faire d’une pierre deux coups.

J’ai cherché un endroit un peu joli mais j’ai dû mal chercher car rien ne me disait franchement. J’ai rebroussé chemin et comme je n’allais pas faire toute l’île à la recherche de pièces de un, je me suis adressée à un couple sur la piste cyclable. Ils étaient trop mignons sur leur trottinette électrique. Ils ont dit d’accord, on peut faire ça, ça ne nous dérange pas. Ils n’ont pas que trouvé de la monnaie sur mon billet de dix, ils ont pris le temps d’écouter mon histoire, des sourires accrochés à leurs visages.

Je suis tombée sur un mordu de vélo qui m’a mise en garde sur le lavage trop agressif et m’a dit de bien graisser ma chaîne ensuite. Ses yeux se sont allumés lorsque j’ai dit que je voyageais seule à vélo depuis Hendaye.

Il m’a posé des questions, on a échangé sur cette manière de voyager que j’avais choisie et je les ai vivement encouragés à essayer, ne serait-ce que quelques jours. L’envie était là et je n’ai pas eu grand chose à faire pour les convaincre.

J’espère que l’idée fera son chemin et qu’elle germera petit à petit.

Je leur ai dit qu’ils pouvaient lire mon histoire sur ma page facebook, Corine a dit j’irai voir et elle a tenu promesse.

Vous savez, les gars, les rencontres finalement, elles sont juste de l’autre côté de la porte. Le vélo, l’aventure, tout ça, c’est juste un prétexte. Tu peux rencontrer des tas de gens formidables juste en relevant les yeux et en ouvrant ton sourire.

Ce soir on est allées voir un concert dans une petite salle de L’Epine.

Il n’y avait pas beaucoup de monde dans cette salle, des familles surtout, quelques couples et un groupe de personnes handicapées.

On s’est assises par terre pour écouter toute cette musique et je n’ai pu m’empêcher de regarder les gens qui dansaient.

J’ai frissonné.

Il y a eu ces deux couples d’amoureux qui se sont offert un moment d’exclusivité pendant que leurs enfants couraient à travers la pièce, j’ai trouvé ça beau cet amour barrière.

Et puis ce garçon, sans doute porteur de trisomie, qui a laissé la musique envahir son corps et sa tête et qui ne s’arrêtait plus de danser. Même quand son groupe est parti, il marchait à reculons, en dansant, pour n’en perdre aucune miette.

J’ai frissonné vraiment beaucoup. Je me suis dit que la musique c’était vraiment un oubli de soi universel.

Une rencontre en dedans.

C’est important aussi, de se rencontrer soi même.







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