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  • sandra

[Vélodyssée. Jour 16.]

Dernière mise à jour : août 23

Saint Jean de Monts - Noirmoutier


On est encore partis assez tôt ce matin. Faut dire qu’on avait été réveillés à l’aube par nos voisins de tente qui avaient laissé leur discrétion avec leur sobriété dans la soirée qu’ils venaient de quitter.

Je n’ai pas grogné mais au réveil, je n’avais pas les idées en face des mots.

Il nous restait à peine une quinzaine de kilomètres à parcourir ensemble avant de nous séparer. Alors on a fait durer le plaisir. On a ralenti la cadence par rapport à la veille et cette fois, on n’a pas mis deux heures avant de s’arrêter boire notre café. J’ai insisté pour aller chercher des viennoiseries à la boulangerie, quand il a vu la file d’attente, Jean Claude a dit laisse tomber. Mais moi j’y tenais vraiment à mon idée alors j’y suis allée quand même. Il avait raison, j’ai patienté une petite éternité avant d’être servie, on aurait pu se dire que c’était un moyen de prolonger nos moments sauf j’ai été seule dans mon attente et lui, seul face à son café.

Peut-être qu’on aurait dû se passer de gourmandises.

Arrivés au pont de Noirmoutier, il a fallu que je me sépare de Jean Claude.

Je l’ai remercié pour ces deux journées passées ensemble, il m’a dit merci pour cette aventure sportive et humaine, ou humaine et sportive, je ne sais plus.

Mais j’ai vu ses yeux briller.

Et cet éclat là, je n’ai pas très envie de l’oublier.

Il m’a dit comment je vais faire pour retrouver ma route maintenant que tu n’es plus là et moi j’ai dit qui va me prendre en photo maintenant que toi tu n’es plus là.

Il m’a félicitée pour mon coup de pédale, moi je lui ai dit bravo pour son coup de fourchette et ça nous a fait rire.

Deux jours c’est suffisant pour se créer une intimité et des blagues d’entre nous.

Nos routes sont restées parallèles encore quelques mètres, je lui ai fait coucou du pont, je lui ai crié de faire bonne route et lui, il m’a crié un truc que je n’ai pas entendu.

C’est difficile à chaque fois de quitter mes vies croisées.

Mon problème tu vois, c’est que je m’attache vite, je suis une sentimentale.

Je le reverrai, c’est sûr, comme je reverrai Lorraine.

Je les reverrai tous.

C’est une promesse de moi à moi.

J’ai traversé le pont et je suis arrivée sur l’île sous une espèce de petit crachin.

Une pluie mouillée qui garde le corps en éveil mais pas les idées au sec.

Je ne sais pas si c’est cette nouvelle séparation, l’air marin ou la pluie mais j’ai eu les larmes aux coins de mes deux yeux de me sentir vivante.

Vivante de la tête aux pieds et des pieds à la tête.

Vivante dans les deux sens.

J’ai fait dérouler ces derniers jours complètement fous, ces visages et ces sourires et j’ai ri et pleuré en même temps. J’ai ri de pleurer de bonheur et j’ai pleuré de ce rire que l’on aurait pu appeler joie.

J’avais trouvé ma joie, les gars, je venais de mettre le doigt dessus et c’était bouleversant.

Mais tellement bon.

J’ai traversé toute l’île pour rejoindre ma soeur et sa famille.

Je sais ce que tu vas dire, je triche un peu, je vais me réfugier au chaud dès que le temps vire au capricieux. Pas du tout! C’est un hasard mais un hasard qui fait bien les choses, je le reconnais.

J’étais contente d’être là.

Retourner dans un lieu dans lequel tu es déjà venue c’est comme retrouver un bon copain. Tu te remémores des histoires, tu te dis tu te souviens quand et par ces souvenirs exhumés tu renforces encore un peu plus les liens qui vous attachent.

J’ai pris une nouvelle bouffée d’amour et de tendresse en plongeant mon nez dans le cou de ma petite nièce.

C est toujours un peu étrange de retrouver des êtres connus, des êtres proches, des êtres aimés au milieu de cette aventure dont le mot d’ordre est de faire voler en éclats mes repères.

Et en même temps, je sais que je vais repartir d’ici plus aguerrie que jamais.

Je me suis installée au camping de la Pointe et j’ai eu la sensation d’être arrivée au bout du bout du monde.

J’ai planté ma tente et j’ai pointé le nez vers le ciel, jaugeant ce que la météo avait à nous offrir. Ce n’était pas fameux, les gars, pas fameux du tout.

J’ai essayé de ne pas contrôler le temps des prochaines heures sur mon téléphone, j’ai pensé à Lorraine qui me disait d’être confiante et de laisser faire mais je n’ai pas réussi à me dire inchallah.

J’ai reçu un message de Jean Claude, il était arrivé à Pornic, complètement trempé, il me faisait le compte rendu de sa journée de pluie et je me suis dit, c’est bon le lien est là, il est bien réel et n’appartient pas encore au passé.

J’ai souri.




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