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  • sandra

[Vélodyssée. Jour 12.]

Dernière mise à jour : août 23

Ile de Ré



J’ai séché mes larmes les gars.

Il fallait bien.

Aujourd’hui, je n’ai pas de rencontres incroyables à vous raconter, il ne m’est rien arrivé d’extraordinaire à part que j’ai perdu ma polaire Quechua et j’en connais une que ça va faire bien rigoler.

Je me suis baladée sur l’île, j’ai rendu visite à tous les paysages qui avaient pansé mes plaies il y a trois ans.

J’aime bien venir leur dire merci, leur dire qu’ils ne s’inquiètent pas, que ça va beaucoup mieux.

Mais alors que de saut de puce en saut de puce, je les visitais un par un, j’ai réfléchis.

Pendant longtemps, j’ai cru que ce qui m’avait réparée à l’époque, c’était les herbes folles des marais salants et les roses trémières aux portes des maisons, les murs blancs, les volets verts, les volets bleus et les mâts des bateaux.

Sauf qu’aujourd’hui, j’ai compris que je faisais fausse route.

Pendant longtemps, je me suis crue très amoureuse de cette île.

Bien sûr, comme beaucoup d’autres, j’ai été foudroyée par la beauté de ces villages aux couleurs d’aquarelle mais la vérité, c’est que l’apaisement que j’ai ressenti cet été là, c’est le vélo qui me l’a procuré.

J’ai compris aujourd’hui que j’avais redécouvert le vélo la première fois que j’ai mis les pieds sur l’île de Ré. C’est con hein. Parce que le vélo j’en fais depuis une quinzaine d’années, du vélo de route, un truc où il faut faire beaucoup de kilomètres et aller vite pour être satisfait.

À Ré, j’ai appris le vélo sauvage, le vélo plaisir, le vélo vitesse et lenteur à la fois, le vélo qui grince et le vélo liberté.

Et pendant que je réfléchissais à tout ça, j’ai observé.

J’ai regardé d’un peu plus près, d’un peu plus mieux, les gens croisés en sens inverse.

Et j’ai vu autant de manières différentes de pratiquer le vélo que de fesses posées dessus.

Il y a ceux qui n’ont pas le temps, qui ne sont pas là pour rigoler et qui avalent les kilomètres comme s’ils couraient contre leur montre, il y a les familles et les parents, les grands parents qui crient aux petits enfants de bien rester à droite, il y a les malhabiles qui ont le guidon un peu flageolant et le coup de pédale chancelant de ne pas avoir été assez pratiqué, il y a ceux qui s’arrêtent en plein milieu de la route et ceux qui ne savent pas où ils vont. Il y a les amoureux qui veulent rouler serrés l’un contre l’autre, tant pis si leur amour prend toute la piste et les copains à la ribambelle, à la fois ensemble et coincés en rang d’oignons et puis, il y a ceux que j’oublie.

Il y a les vélos qui couinent, les vélos rouillés, les vélos qui vont vite et les vélos électriques.

Mais surtout, il y a le sourire de ceux qui sont assis dessus.

Ça ne rate jamais.

Il est parfois un peu crispé quand le vent se fait trop de face ou la pente un peu trop joueuse, il peut être rêveur, ailleurs ou bien adressé à un autre vélo voyageur mais il est là, c’est indéniable.

Il est là et il éclaire le visage de ceux qui découvrent, redécouvrent ou apprivoisent le bonheur d’être libre, le bonheur d’être l’air.


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