• sandra

[Scandiberique. Jour 10.]


Beautiran - Bordeaux - Saint Symphorien

J’ai vu Bordeaux, les gars, ça y est.

J’ai petit déjeuné avec Tyfenn et j’ai bu du vrai café. On a refait le monde en long en large, en carré et aussi peut-être en triangle. On s’est trouvé d’autres points communs que le voyage à vélo et c’était un réveil matin entre femmes qui se rencontrent, entre femmes qui partagent et qui se reconnaissent. Elle m’a offert la plus jolie trousse du monde et elle a refait les niveaux de mon jerricane d’huile d’Arnica. Des cadeaux comme ça, pour rien, pour me remercier d’être venue alors que c’est elle qui m’a reçue. On s’est serrées dans les bras, une fois, deux fois. Trois fois.

Je suis partie, les yeux un peu embués, émue d’avoir trouvé sur mon chemin des bras ouverts et de la vérité échangée sur un bout de canapé.

J’ai rejoins la piste, un peu plus haut dans la colline et j’ai fait de ce matin, la reconquête d’un équilibre.

Sur les coups de midi bien tassés, j’ai retrouvé Bordeaux et ses souvenirs.

Il était treize heures trente.

J’ai trouvé que c’était l’heure idéale pour s’immerger dans le passé.

Au détour de plusieurs rues, j’ai été submergée pas des bribes de fin d’été. Là où j’avais laissé des mains qui se cherchent, les fenêtres ouvertes d’un hôtel, des doigts dans les cheveux et des croissants d’amoureux.

Tyfenn m’avait dit, pour les cannelés, tu as deux solutions.

La maison Baillardran ou bien La Toque Cuivrée.

J’ai l’esprit d’équité, j’ai voulu comparer.

Et si je peux me permettre de donner mon avis, j’ai préféré de loin ceux de La Toque Cuivrée. Pour leur croustille et leur goût de moments effacés.

J’ai dit merci Bordeaux, merci pour ta chaleur et ta boîte à secrets. Il y a des lieux de pèlerinage que tu ne peux éviter.

J’ai repris la route, le coeur gros et un peu lourd de comprendre que l’instant ne dure qu’une seule et unique fois.

Les panneaux que j’ai croisés indiquaient l’Espagne et j’ai pensé, les gars, il faut pas trop me chauffer. Je suis à deux doigts trois quart de tout envoyer bouler et de partir à la dérive.

J’ai gardé mon sang froid et j’ai pris la direction de Saint Symphorien.

J’ai croisé des vignes et des rapaces en virevolte, des maisons en pierres, des domaines trucs et des domaines bidules. J’ai revu les pins des Landes et j’ai eu l’impression qu’ils m’accueillaient. On aurait même dit qu’ils m’enveloppaient. Ils m’ont dit, contents de te revoir et j’ai ouvert grand mes poumons pour les remplir de leur odeur d’aiguilles. Tu vois, si je devais partir un jour, vivre sur une île déserte, je crois que c’est elle que j’emmènerais dans mes narines. Tu m’excuses mais je m’accorde le droit d’être un peu hypothétique.

Je suis arrivée au camping et je me suis installée. J’ai pris mes aises, les grandes et les petites et j’ai monté ma tente sans doute pour la dernière fois de l’aventure.

J’ai essayé de ne pas me dire que j’offrais au monde mes derniers jours en solitude.

J’ai essayé de ne pas me dire que je n’ai franchement pas envie de rentrer.





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