• sandra

[Scandibérique. Jour 8.]


Angoulême - Bayas

J’ai passé un très bon 1er mai, les gars.

Nicolas a dit, je paye le petit dej et après je te laisse.

On a trouvé une boulangerie et on s’est pris des pains aux raisins. On les a mangés sur un bout de trottoir et il a dit, je roule avec toi jusqu’à midi et après je te laisse. À midi, on a dévoré nos sandwichs sur un bout de ponton et il a dit, je roule avec toi jusqu’à ce soir et demain je trace ma route.

Ce mec est le mec le plus indécis que je connaisse.

La vérité les gars, c’est que je crois qu’il ne peut plus se passer de moi.

Surtout ne lui dis pas, il risquerait de nier en bloc. Il a encore du mal à admettre que j’ai toujours raison.

La vérité de vérité, c’est que je suis très contente qu’il ne puisse plus se passer de moi. Parce que, en ce jour porte bonheur, c’était vraiment trop bien d’être deux à rouler.

Il m’a attendue dans les montées, j’ai attendu qu’il mette sa crème solaire, il a ri à mes blagues, je me suis régalée de son humour, il m’a prêté son oreille et moi, je la lui ai remplie d’histoires pour ses prochains jours en solitude.

On a été d’accord pour tout, de la pause photo à la pause pipi, du remplissage des bidons dans les cimetières aux déviations, parfois, de notre itinéraire.

La fin du parcours a été un peu pénible, ça remontait pas mal après une portion de plat et on n’avait plus trop d’énergie. Il m’a dit allez Poupoule et je lui ai chanté la chanson que je me suis inventée quand la pente devient trop raide.

Ça fait :

Allez Poupoule, on est tous avec toi,

Allez Poupoule, t’es bien plus forte que ça!

J’ai dit elle est bien non et il a répondu oui, elle est bien, dans un demi-sourire de compassion.

Il ne m’épargne pas, tu sais. Il m’envoie des vannes bien nettes et bien précises avec sa voix de pince sans rire et moi je ris aux éclats.

C’est marrant cette intimité qui se crée en seulement quelques kilomètres.

On en a bavé ensemble jusqu’à notre arrivée au camping. On s’est dit plusieurs fois que, sans l’autre, les derniers coups de pédales auraient été plus compliqués.

On n’est plus très loin de Bordeaux et demain quoiqu’il arrive, nos chemins se sépareront. Il bifurque vers Toulouse sans passer par le centre et moi je veux absolument manger des cannelés et boire un café sur la place de la Comédie.

Mais ce soir, on a tout mis sur la table, on a tout déballé, on a tout partagé.

Les Babybel et les sardines, l’huile d’olive et le produit vaisselle. A nous deux, on avait tout ce qu’il fallait pour faire une fête de ce repas de coquillettes.

On a fait chauffer de l’eau comme deux petits vieux en vacances et on a bu notre thé face au rose poudré d’un soleil qui s’efface.

On m’a dit plusieurs fois que j’avais l’air fatiguée sur les photos.

On m’a dit plusieurs fois tu rayonnes moins que l’été dernier.

Évidemment.

J’ai une contrainte de temps que je n’avais pas en juillet, je fais, en moyenne, une centaine de kilomètres par jour sur des parcours plutôt difficiles. J’ai mal au genou, j’ai mal un peu par ci et aussi un peu par là, alors, évidemment que je suis fatiguée.

C’est un autre type de voyage, différent du premier.

Et de toute façon, qui peut prétendre réaliser la même chose deux fois de suite de manière parfaitement identique ?

Je crois que chaque voyage est différent et heureusement.

J’apprends de celui-ci comme j’avais appris de l’autre, ce ne sont juste pas les mêmes enseignements.

Mais le truc qui est sûr, le truc qui est certain c’est que, ce qui me fait vibrer, c’est partager des bouts de vie, c’est aller à la rencontre de personnes que je n’aurais jamais croisées si j’étais restée assise au fond de mon canapé.

Après le thé au bord du lac, Nicolas m’a souhaité bonne nuit, on s’est dit à demain.

Et au fond de ce camping, on a fait chanter les zips de nos tentes, les zips de deux voyageurs solitaires contents d’avoir trouvé, le temps d’une journée suspendue, une résonance inattendue.






0 commentaire

Posts récents

Voir tout