• sandra

[Scandibérique. Jour 7.]


Chirac - Angoulême

Dans une semaine pile, je serai rentrée à Fontainebleau. C’est vite passé une semaine. J’ai l’impression d’être partie hier. Je prends tout, les gars. Les chiens qui aboient sur mon passage, les canards qui s’engueulent au bord de l’eau, les routes jolies, les routes banales, les j’en peux plus de fin de journée et les petites vitesses du matin.

J’ai quitté David après un café chaud, une chasse aux limaces et un dernier tour d’idées. Je lui ai dit que je croyais fort en son projet de chambres chez l’habitant, qu’il était trop bien placé, que son jardin était bien trop joli pour ça ne fonctionne pas.

Je l’ai serré dans mes bras, j’ai sorti la petite voile et j’ai repris la route.

J’ai voulu prendre un bain de colza dans un champ de soleil alors je me suis arrêtée.

J’ai la photographie bucolique, je crois.

J’ai vérifié, les gars.

On peut. On peut courir avec son amoureux au milieu des longues tiges jaunes. Bon, je n’ai pas essayé parce que les cales sous les chaussures, ce n’est pas vraiment pratique mais techniquement, ça m’a semblé jouable. C’est juste que ça bourdonnait fort là-dedans. Un vrai ballet d’ouvrières. J’ai essayé de ne déranger personne, j’ai dit les filles, je viens juste m’assurer de la réalité du possible, surtout, ne vous dérangez pas pour moi, et elles ont continué leur inspection frénétique.

Je suis arrivée à Massignac une demie minute avant la sieste de la boulangère.

A deux doigts près, je me retrouvais le bec dans l’eau et l’estomac dans les talons.

Je ne sais pas toi, mais moi, quand je suis sur le vélo, j’ai des envies de femme enceinte. J’ai l’idée fixe de la nourriture qui vient chatouiller mes sens et je fais de mon repas à venir l’objet de toute mon attention. Je sais le goût et le plaisir d’un camembert rôti, d’un plat de lasagnes ou d’un sandwich au Saint Nectaire et je laisse mon imagination déborder.

Un peu trop. Un peu trop souvent.

Il faut que je te raconte un truc.

Mercredi, j’ai rencontré Nicolas qui roulait en bikepacking.

Il était parti de Vendôme le matin même avec pour objectif de rejoindre Montpellier.

On a discuté cinq minutes, je lui ai fait une ou deux blagues un peu pourries et puis il a filé droit devant. Quelques jours plus tard, il m’envoie un message sur Instagram alors que je ne lui avais donné ni mon prénom ni le nom de ma page.

Le compte de La Scandibérique avait repartagé une de mes photos et il m’avait reconnue. C’est fou quand même, quand tu y penses, tout ce que nous permettent les réseaux.

Il se trouve qu’aujourd’hui, il était quelques kilomètres derrière moi alors il m’a dit, si je te recroise, on ira boire une bière ou un café. J’ai dit banco, j’ai dit je te prends au mot.

On s’est rêvé une bière toute la journée, par messages interposés, tellement il a fait chaud dans les montées et aussi dans les descentes.

Il a réussi à avaler la distance qui nous séparait, il a foncé comme une fusée pendant que moi je faisais pédale douce et ce soir, on s’est retrouvés au camping d’Angoulême. On est arrivés trop tard pour une bière mais on s’est dit qu’on pouvait rattraper le coup en se faisant livrer des pizzas. Il m’a dit j’en ai rêvé toute la journée et j’ai compris que lui aussi, il avait la salive facile et le repas obsessionnel. On a juste eu le temps de prendre une douche et le livreur est arrivé.

J’ai déplié la nappe de pique-nique, celle des grandes occasions, on a posé nos fesses dessus et on s’est dit que c’était sûrement ça le bonheur. Trois champignons et un peu de fromage posés sur une pâte olives tomate.

On a discuté longtemps, du plaisir de voyager seul et de nos envies de vie.

Et puis, le froid nous a chassé dans nos tentes, on s’est dit bonne nuit sur une dernière petite blague, on s’est dit à demain.

Je prends tout les gars, les bières promises, le temps suspendu entre deux toiles de tente et les sourires partagés.





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