• sandra

[Scandibérique. Jour 2.]


Ça va les gars, ça va.

Déjà parce que j’ai reçu un nombre incroyable d’encouragements.

Ensuite parce que le paysage a été moins monotone qu’hier et puis aussi, j’ai levé le pied.

Et enfin, parce que ce soir j’ai mangé du saucisson, un repas maison et des fraises en note de rire.

Après à peine quelques kilomètres, j’ai croisé un voyageur qui était sur son vélo depuis 30 jours, on a échangé quelques mots et on s’est souhaité bonne route. C’est grisant de crier ça à la volée, au dessus d’un pont canal.

Un genre de bon vent mais en mieux. En plus précis. Un truc d’initié.

Ce bonne route il n’était pas en l’air, tu vois. Il y avait dedans tout ce que l’on peut souhaiter à l’autre de chance et de plaisir.

C’est joli la Loire, tu sais.

Elle est là, tranquille à côté de toi.

Large, immense, sereine.

Elle supervise les opérations et elle te place de temps en temps, comme ça, l’air de rien, deux ou trois châteaux sur ton passage. Histoire de t’encourager à lever le nez de ton guidon.

Il y a du vert partout les gars. Du vert et des champs de soleil entiers. Quelques chevaux et des papys qui se promènent avec une canne dans la main.

Avant de partir, on m’a conseillé d’éviter les chemins trop isolés.

J’ai l’itinéraire pour moi toute seule.

Alors pour m’occuper je chante, je parle un peu à voix haute, et je m’interroge sérieusement sur les choses petites qui sourient à mon regard. Je prends en photo des détails que je voudrai te raconter mais je ne sais pas s’il y a un véritable intérêt à ça. Tu n’as peut être pas envie que je te parle des fleurs tatouées sur les pavés de Gien, du lama que j’ai croisé et qui a levé poliment les deux oreilles quand je me suis arrêtée, des vélos sans chauffeur devenus bacs à fleurs ou du bruit hypnotique d’un cheval broutant l’herbe.

Et puis, ça ne t’intéresse sans doute pas de savoir que le héron est devenu mon oiseau préféré.

On n’a jamais vu quelqu’un attendre avec autant de classe que ce mec là.

Mais sinon, surtout, ce que je voulais te dire, c’est que ce soir, j’ai été accueillie par Laurence. Tu sais, des fois on dit qu’il n’y a pas de hasard. Alors oui bien sûr, ce genre de phrases, c’est un peu chiant, un peu en l’air et un peu lisse. Mais tu vois Laurence, elle nous a croisées, Lorraine et moi, l’été dernier. Lorraine venait de crever, on était là, à réparer sous un crachin de crevaison, quand Laurence est passée sur son vélo. Elle nous a demandé si tout allait bien, on dit oui et fin de l’histoire.

Sauf que, ça faisait quelques jours qu’elle nous suivait sur les réseaux et tu penses bien qu’elle avait reconnu notre duo de choc. Et depuis, elle est là, toujours, tantôt discrète, tantôt commentatrice de mes écrits. Alors quand elle a vu que, hier, j’avais un peu le moral en berne, elle a dit viens.

Il y aura une douche, un lit.

Il y aura de quoi secouer tes chaussettes.

Elle a dit viens et c’était la meilleure idée du monde. Parce que pour moi, rouler pour avaler les kilomètres, c’est comme manger un plat sans sauce. C’est fade et sans surprise. Si tu m’enlèves la rencontre au voyage, je perds le sens.

Le sens de l’équilibre.

Elle a tout donné ce qu’elle avait promis.

Une douche, un lit et surtout des tranches de vie barbouillées d’humour en gelée. Des discussions sérieuses jusqu’à ce que le vin blanc fasse bousculer nos rires.

Ça va les gars, ça va mieux.




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