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  • sandra

[Retrouvailles. 3.]

Dernière mise à jour : oct. 5



La gosse m’a réclamé la fin de l’histoire alors je finis de vous raconter notre week-end, les gars.

Une fois repus de tout ce fauve, on est allés se coucher. Avec Lorraine, on a fait tente commune et c’était vraiment tant mieux.

Elle m’a dit tu vas écrire ce soir et j’ai répondu que non, que j’étais fatiguée mais que ça m’embêtait parce que moi j’aime écrire sur le vif, quand les éprouvances sont encore bien vivaces.

Je lui ai dit que j’écrivais avec mon corps, avec mes frissons et mes sens en émoi et elle a éclaté de rire.

Elle est impitoyable et ça me plait beaucoup. Elle ne passe pas par quarante six chemins quand elle a un truc à te dire et moi j’aime son entièreté à toute épreuve. J’ai quand même pris des notes pour ne rien laisser échapper, jai essayé de rester concentrée mais elle m’a posé mille questions, on a dévié cent huit fois sur des sujets de rien mais des sujets de tout et on a ri de cette écriture qui devenait utopique.

On a fini par s’endormir et puis on a été réveillées quelques heures plus tard par un vent de force tempête qui secouait notre tente dans tous les sens. J’ai eu peur de l’orage et aussi un peu de la foudre.

Je me suis sentie vulnérable et minuscule.

Je lui ai demandé si c’était vraiment une bonne idée de bivouaquer en bord de Saône. Je lui ai dit imagine des pluies torrentielles, imagine notre tente emportée par le courant. Elle a éclaté de rire encore une fois et elle m’a dit si ça se trouve demain, on va se réveiller à Marseille.

Elle a essayé de me rassurer avec ses mots de force paisible, avec ses mots d’enfant tranquille. On a ri encore de l’irrationnel de mon effroi et puis on a entendu Jean-Claude tout près de nos oreilles, il s’était levé pour vérifier la solidité de notre amarrage.

Un peu plus tard, on a été à nouveau réveillées mais cette fois par une pluie diluvienne qui avait décidé de laver la terre entière en plein milieu de notre nuit. Au petit matin, on a guetté une accalmie, on a scruté nos téléphones dans l’espoir d’une bonne nouvelle mais c’était peine perdue. On a mangé deux, trois pompotes, Lorraine m’a fait écouter un peu de piano douceur puis on a dû se faire violence pour s’extirper de nos duvets, pour s’extirper de notre abri.

On a tout replié, la mine un peu chiffonnée de ce gris mouillé qui venait ternir notre week-end.

Et puis on s’est dit que bon ça faisait partie du jeu ma pauvre lucette, qu’on n’y pouvait pas grand chose alors on a raccroché nos sourires sur nos visages, on les a bien attachés derrière les oreilles et on a repris la route.

Il nous restait cinquante kilomètres, du presque trois fois rien.

On a roulé dans le silence, on avait besoin de force pour affronter cette pluie qui n’en finissait plus de s’infiltrer.

Lorraine a battu la cadence et plus on se rapprochait de l’arrivée et plus on roulait fort. Elle avait envie d’éprouver son corps et ses ressources. Et c’est un truc qu’on aime bien faire, forcer un peu pour que ça pique, c’est un peu comme la musique, on a besoin d´une variation de tempo pour apprécier le morceau tout en entier. Je crois que Jean-Claude n’était pas tout à fait préparé à toute cette fougue de journée de pluie.

C’est drôle, je la revois encore, la gosse, au début de l’été, hésitante, persuadée qu’elle me ralentirait, s’excusant presque de m’obliger à prendre un rythme qui n’était pas le mien.

Et aujourd’hui elle est là, toujours devant, sûre de sa force.

Elle roule hyper bien, les gars.

On est arrivés au parking, trempés de chez trempés. On a vite vite rangé nos affaires avant que le froid nous envahisse.

J’ai remercié Jean Claude d’avoir rendu ce week-end possible en m’apportant sur un plateau tout l’équipement nécessaire. On s’est dit au revoir rapidement, on s’est dit merci merci rentrez bien, trop impatients de la douche chaude qui nous réconforterait.

Comme j’avais un peu de temps devant moi, j’ai suivi Lorraine jusque chez elle, je n’avais pas très envie de la quitter sur un parking de café de gare.

Je suis restée un bon moment sous le brûlant de ma douche mais un brûlant du genre plutôt salvateur.

Lorraine nous a cuisiné un gratin de restes et c’était vraiment délicieux.

On s’est préparé un grand café et la boucle a été bouclée. Il a fini par être temps de se quitter à nouveau, des vrais bisous claqués mais cette fois sur les deux joues.

Promis les gars, j’ai même pas pleuré.

(Mais peut-être que c’est parce que bientôt, elle vient me voir à Fontainebleau.)

La joie des promesses tenues.






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