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  • sandra

[Retrouvailles. 2.]



Samedi matin, sept heures, le réveil a sonné.

Il n’a pas été question de grasse matinée sacrifiée, l’arrachement au sommeil n’a pas eu la même saveur que les autres matins parce que l’on savait que le plein air nous attendait, on l’apercevait déjà dans nos sourires appesantis.

Une douche plus ou moins rapide avant un grand café et on a été prêtes.

On avait rendez-vous avec Jean-Claude.

Il était prévu que l’on se retrouve au café de la gare de Charnay-lès-Mâcon.

Quand on est arrivées, il était déjà là.

Les vélos étaient prêts, les plusieurs sacoches bien amarrées sur les porte-bagages. Mon équipement de l’été en révision, il m’avait apporté un vélo, il m’avait préparé un vélo.

Je n’avais plus qu’à poser mes fesses sur la selle.

Privilège particulier.

La rencontre entre Lorraine et Jean-Claude a été inédite. Ils ne se connaissaient pas, ils ne s’étaient jamais vus et ne savaient de l’autre que ce qu’ils avaient lu de mes récits, ce que je leur avais raconté. Et moi j’étais là, le coeur au milieu d’eux, ravie de ce trio réuni, heureuse de les avoir tous les deux à mes côtés pour ce moment de liberté grande, de liberté hors du temps que l’on s’apprêtait à partager.

Aux premiers coups de pédale, j’ai savouré ma chance, j’ai avalé à pleins poumons d’immenses bouffées de nostalgie et de recommencement.

Je savais que ce n’était ni un grand voyage ni une grande aventure qui m’attendaient mais j’ai fait un peu comme si, j’ai renoué avec des sensations de déjà vu, de déjà ressenti et mon corps, et mon esprit ont retrouvé leur réflexe d’équilibristes.

On avait décidé, il y a de ça quelques semaines, de parcourir durant un week-end les 145 kilomètres de la boucle Mâcon-Chalons-Mâcon.

On a pris la direction de Cluny et entre vignes, clochers et vieilles pierres, le paysage n’a été que ravissement. Cette ville s’est vue déceler, par Lorraine et moi, mais encore plus par Lorraine, le titre de ville beaucoup trop mignonne.

Et puis à Buxy, on a choisi de pique-niquer sur les marches de l’église, sous un soleil d’été indien qui nous a chauffé la peau de loin. Même le repas a eu un goût de Vélodyssée, des sandwichs préparés sur un banc de parvis d’église, un paquet de chips qui passe de mains en mains et un melon qu’il faut finir qui se dévoue.

Quand les mariés de ce samedi sont arrivés, la beauté sur leurs vêtements et la joie dans leurs regards, on s’est marrés du décalé et de l’absurdité de la scène sur les photos de leur jour important.

Alors, on a remballé notre table de vagabonds et on s’est éclipsés en passant par derrière pour ne pas déranger.

On a roulé le reste de cette journée avec la liberté de l’imprévu sous les pédales parce qu’on avait décidé de planter nos tentes à l’endroit de notre envie.

Il faut que je vous dise les gars, moi je n’avais jamais fait ça, dormir dans le silence de pleine nature, entourée par du sauvage et surtout du rien d’humain. J’étais excitée d’impatience de vivre ça à leurs côtés.

Quand l’endroit nous a semblé bon, assez joli, assez magique, on est descendus du vélo et on s’est installés. On a choisi un bout de bord de Saône près d’un pré de chevaux au galop et d’un vol d’oiseaux migrateurs.

Jean-Claude a un peu mis Lorraine au défi de faire du feu sauf qu’il ne savait pas vraiment à qui il s’adressait. J’ai ri dans ma moustache, je me suis éclipsée cinq minutes et quand je suis revenue, elle soufflait doucement sur les prémices d’un feu de joie, elle soufflait sûrement les prémices du feu de ma joie.

On y a mis un camembert, celui dont on avait parlé pendant deux jours avec Jean-Claude cet été. Il était là, il m’attendait. Sois sûr les gars, que je lui ai fait l’accueil qu’il méritait.

On est restés un bon moment à regarder danser les flammes, à tendre les mains pour se les chauffer et à s’oranger les joues d’une chaleur hypnotique.

On est restés un bon moment.




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