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  • sandra

[Retrouvailles. 1.]



Ce week-end, je les ai retrouvés.

Tous les deux.

D’abord elle, la gosse.

J’ai pris la route vendredi soir avec assez peu d’heures de sommeil au compteur. Conséquences de ma vie en étincelles, de ma vie en imprévu.

A mi-chemin, je me suis arrêtée sur une aire d’autoroute pour acheter un coca et un Kinder Bueno, le sucre comme remède à cette fatigue un peu trop encombrante. Et puis j’ai allumé la radio, France-Inter, l’ère du narcissisme de masse avec Clotilde Leguil.

J’ai tendu l’oreille parce que, pas moins que quelqu’un d’autre, je me suis sentie concernée par ce questionnement du je, du moi et du nous à l’heure où les réseaux sociaux envahissent un peu trop notre vie.

C’était intéressant à écouter, c’était intéressant à réfléchir.

Clotilde a dit qu’aller à la rencontre du je, c’est une grande épopée et qu’il ne faut pas avoir peur de se perdre avant de trouver son chemin.

Alors, la journaliste lui a demandé comment savoir qu’on l’a trouvé, son je.

Et tu sais ce qu’elle a répondu?

Elle a dit que c’était grâce à la rencontre avec son désir, un désir singulier, unique, un fil que l’on tient et qui tout à coup nous rend vivant, qui tout à coup donne un autre sens à notre vie, à notre existence.

Elle est forte Clotilde, non?

Comment elle a su, hein, que c’était exactement ce que j’avais besoin d’entendre parce que c’était exactement ce que j’avais éprouvé. A l’intérieur de l’intérieur.

Mais, elle a dit aussi que ce désir ne peut advenir que si on le fait advenir et qu’il ne faut surtout pas y renoncer, même au profit des différents impératifs qui nous incombent chaque jour.


Ça m’a tenue jusqu’à mon arrivée chez Lorraine, cette réflexion.

En même temps les gars.

On est arrivées en même temps. Elle m’a fait de grands signes et est venue à ma rencontre.

Elle m’a dit bonjour avec son éclat de rire dans la voix, elle m’a prise dans ses bras et m’a claqué un bisou sur la joue droite.

Contente de te voir meuf, elle a dit ça.

Et moi j’étais tellement contente aussi. Contente de contente.

On est entrées dans la maison et j’ai fait la connaissance de Bruno. Il avait le sourire jusqu’aux oreilles de me rencontrer, de connaître enfin la personne avec qui sa fille avait fait route pendant dix jours cet été et moi j’étais heureuse de rencontrer enfin « papa ».

Il a eu l’accueil au bout de ses mots et je me suis sentie bien dans cette maison que je ne connaissais pas.

Après dîner, on est allées vérifier le vélo de Lorraine, on a regonflé ses pneus et puis il a fallu trouver une chambre à air de l’au cas où. Elle n’avait que celle des trois crevaisons de l’été. Elle lui a collé une troisième rustine, histoire de réparer le chantier laissé en plan à la fin de son périple.

Il était vingt-trois heures et j’ai souri de souvenirs de la voir à nouveau déposer de la colle et maintenir le doigt appuyé sur la petite pastille ronde.

On prend les mêmes et on recommence.

Pas seulement les mêmes personnes.

Aussi les mêmes rires, le même humour, la même joie d’être ensemble.

On a laissé la chambre à air en se disant on verra bien demain et on est montées se coucher. J’ai découvert sa chambre de princesse avec son lit à baldaquin et ses murs recouverts de fragments d’intimité. J’ai mis des visages sur des noms et ça m’a rempli le cœur de faire leur connaissance. Dans ma tête, je leur ai dit bonjour. Je leur ai dit aussi de pas trop se faire de soucis pour la gosse, que j’avais rarement connu de force aussi tranquille.

J’ai prié Lorraine de ne pas ronfler merci et on a mis le réveil à sept heures parce que le lendemain on avait un rendez-vous important.

Les gars, j’ai retrouvé la gosse et c’était comme si je l’avais quittée hier.

A peine hier.




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