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  • sandra

[Retour au bercail.]



J’ai un truc à vous raconter les gars.

Aujourd’hui j’ai vu Estelle.

Estelle c’est la maman de Louise et Louise c’est une petite fille dont j’ai été la maîtresse de ce1 il y a cinq ans.

Cette année là, j’ai préparé le marathon de Paris avec une amie et Estelle a eu tellement de bienveillance dans ses regards et dans ses mots qu’elle a su rendre le lien différent, le lien autre.

Très vite, on n’a plus été ni parent ni enseignant.

On a juste été femmes.

Femmes sur la même longueur d’ondes.

Avec un goût prononcé pour la mise au défi.

Elle m’a couverte de mots étoilés, de mots bleus et un peu dorés durant toute mon odyssée.

Elle a dit que j’avais été inspirante, que je lui avais donné envie. Qu’elle avait été impressionnée.

Estelle, je t’explique parce que tu ne la connais pas, c’est le genre de nana à aller courir à l’aube, mais genre l’aube de l’aube, à faire des courses d’orientation la nuit et à avaler des trails de quarante kilomètres sans jamais perdre son sourire. C’est aussi le genre à démarcher des sponsors, à engrener ses sœurs dans des défis improbables comme le raid Amazones et à te faire baver de rêve devant ton écran. Ça bouillonne de vie dans ses yeux et ses sourires.

Elle a mille vies en une journée et dix mille vies en une semaine.

Alors quand elle me dit qu’elle est impressionnée, je rigole.

Mais il y a un truc dont je suis fière.

À la lecture de mes récits, de petite étoile en petite étoile, elle a fini par écouter son envie, elle a dit c’est le moment, ça me chatouille beaucoup trop fort.

Elle a enfourché sa solitude et s’est offert des kilomètres de silence.

Elle est partie faire un bout de la Scandibérique.

Pendant deux jours.

Et si je suis fière tu vois, c’est que j’ai reçu quelques messages de femmes qui comme elle, après avoir parcouru mes histoires, ont compris que l’aventure était à portée de leurs deux mains et qu’elles n’étaient pas moins capables, pas moins sauvables qu’un autre.

On s’est donné rendez-vous à treize heures.

J’ai raccroché les sacoches de mon vélo à mon porte-bagages.

Elles étaient pleines de rien, pleines de vide mais pleines de souvenirs que j’avais envie de trimballer derrière moi.

J’ai enfilé la même tenue que pendant mon évasion, les mêmes chaussettes, le même cuissard, le même débardeur. Tout pareil.

On a voyagé en terre connue mais on a voyagé quand même.

On a fait prolonger l’été et on a étiré le temps des vacances.

J’ai réappris, grâce à Estelle, des lieux que je connaissais par coeur. Simplement parce que le chemin était différent.

La redécouverte aussi peut être belle et valoir l’aventure.

On a pique-niqué au bord du Loing et des cygnes sont venus nous faire la fête.

On a roulé jusqu’à chez elle et elle m’a fait visiter sa nouvelle maison.

J’ai revu Louise que je n’avais pas vue grandir. Estelle m’avait dit tu verras elle risque d’être un peu intimidée.

La vérité les gars, c’est que la plus intimidée des deux, je crois bien que c’était moi.

J’avais quitté une petite fille, je me suis retrouvée face à une ado, une ado presque aussi grande que moi, une ado jolie, une ado lumière, une ado pétille.

Une ado qui m’a regardée avec ses yeux de petite fille.

Eux, je les ai reconnus.

Louise aussi a lu mes textes, c’est fou.


Et puis, on s’est quittées en se disant que cette fois, on n’attendrait pas les dix-huit ans de Louise pour se revoir.

J’espère que l’on tiendra promesse.

Je ne suis pas inquiète outre-mesure, il y a des regards croisés, des regards en filigrane qui finissent par s’ancrer.

Pour ne jamais disparaître tout à fait.





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