Rechercher
  • sandra

[Retour au bercail.]



Les gars, vous me manquez.

J’ai cru que ça allait au début, le retour.

Ça ne va pas du tout.

Enfin si. Mais non. Enfin tu vois.

J’ai le sourire toujours bien accroché mais je suis là, je tourne en rond.

Ça mijote, ça tournicote.

Je n’ai toujours pas vidé les sacoches de mon vélo. Je les ai posées là, au milieu de mon salon. Je tourne autour, j’en dessine le contour chaque fois que je vais d’un bout à l’autre de mon appartement. Je ne me résous pas à les mettre au placard.

Pas encore.

J’ai retrouvé le nid et ma vie d’avant laissée en suspens.

J’ai retrouvé mes robes, mes talons hauts et mon mascara. Lorraine m’avait dit, tu vas voir, c’est quand même cool de retrouver ses fringues, c’est quand même cool de pouvoir se faire à nouveau jolie.

La vérité les gars, c’est que rien de tout ça ne m’avait manqué.

J’ai passé une vingtaine de jours à enfiler chaque jour la même tenue de vélo, la même robe à pois et le même pull orange mais je n’ai jamais été si heureuse, je n’ai jamais passé d’aussi jolies vacances.

J’ai retrouvé mes copines qui elles m’avaient manqué, et elles m’ont accueillie comme leur héroïne de l’été. Elles m’ont dit l’enthousiasme, elles m’ont dit le plaisir, elles m’ont dit le soutien.

Elles savent que ça mijote, elles savent que ça tournicote. Alors elles me parlent de voyage nouveau, elles me parlent de sponsors, d’autocollants et d’auto promotion.

Elles ont voyagé par procuration et elles ont aimé ça. Elles sont presque autant impatientes que moi à l’idée d’une nouvelle échappée.

Tu vois, je suis hyper bien entourée.

Tu sais, en vrai, je n’ai rien d’une héroïne. J’ai fait du vélo et j’ai dormi sous une tente. Mon exploit s’arrête là. Et tu verras, si tu creuses, que des filles qui partent seules à vélo, il y en a plus que ce qu’on ne le croit. Si j’ai pris le temps de te raconter les gars c’est parce que cette odyssée, c’était un chouette prétexte à l’écriture. Et moi écrire, tu l’as compris, j’aime beaucoup ça. Mais c’était aussi pour te montrer que c’est possible pour de vrai, l’aventure.

Avec trois fois rien.

Tu m’as souvent posé la question du matériel, tu m’as demandé des conseils. Je n’en ai aucun à donner. Je suis partie la fleur au bout du fusil et l’esprit pimprenelle, avec mon vieux vélo de route que mon père a équipé d’un porte bagage et de sacoches achetées sur internet.

Moi, je n’ai eu qu’à les remplir de trois culottes, de deux paires de chaussettes et d’une polaire Quechua.

On m’a dit hier, peu importe le vélo du moment que tu pédales. Et c’est vrai. Si vrai.

Rien ne doit être un frein à l’aventure.

Rien ne peut être un frein à l’aventure.


J’ai retrouvé le nid d’avant et ma vie en suspens.

Et ça mijote. Ça tournicote.

Comment tu fais, quand tu as trouvé ta joie, comment tu fais, quand tu as trouvé ta voie, comment tu fais? Je ne sais pas, moi, reprendre le cours des choses là où il s’est arrêté. Je ne suis plus, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Et c’est étrange et pénétrant.

On m’a dit aussi, tu attires ce que tu vibres. Et c’est vrai. Si vrai.

J’ai vibré les gars. J’ai tellement vibré que c’est le bordel à l’intérieur, un tourbillon d’idées qui fusent et qui infusent, ça a tout retourné, tout chamboulé.

Le truc qui est sûr, le truc qui est certain, c’est que je ne peux plus m’empêcher d’écrire. D’ailleurs tu vois, je suis là dans mon lit, je reproduis à l’identique mon rituel d’avant sommeil de ces vingt derniers jours. Je ne peux pas te lâcher la grappe comme ça. C’était trop plein, c’était trop doux ces mots à raconter.

J’ai appris que mes frissons pouvaient devenir ceux des autres, j’ai appris la force des émotions d’entre les lignes, j’ai appris le goût de faire lire et c’était tellement bon.

J’en suis là aujourd’hui.

Je détricote les mailles de ma vie parce que j’aimerais y mettre plus de fils colorés, plus de grand air et encore plus de mots jolis. J’ai les aiguilles qu’il faut à présent, il me suffit juste de trouver les bonnes pelotes et d’utiliser le bon point d’ancrage.

Je n’y connais rien du tout en tricot, je fais genre mais je n’en mène pas large.

J’ai environ mille idées de ma vie de demain, ou plutôt deux mille. Deux mille cent quatre-vingt seize, pour être exacte.

Il me faut simplement trouver la sortie de secours.

Celle qui clignote quand vient la nuit.




130 vues1 commentaire

Posts récents

Voir tout