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  • sandra

[Les rires de joie.]


Elle m’a dit meuf tu fais quoi le week-end du 9 octobre, je peux venir à Fontainebleau? Je lui ai répondu que je fêtais mon anniv avec mes copines, elle a dit banco, elle a dit je viens. Et elle est venue. Elle est arrivée vendredi soir, je l’ai attrapée au vol sur le quai de la gare et on a foncé direct boire notre bière promise. Après deux très grandes pintes et des conversations entrecoupées, on s’est dit qu’il était temps de rentrer. A la maison, on a parlé tard, les pieds sous le plaid, une tisane à la main. Enfin, je crois plutôt que j’ai parlé tard et qu’elle m’a écoutée longtemps.

Elle fait beaucoup ça, me poser des questions, m’écouter débattre avec moi même. Et de temps en temps, elle ajuste le débat, comme ça, en posant un mot ou plusieurs sur une de mes phrases inachevées. Une fois que tout a été raconté, on a fini par s’endormir, la joie en dedans de s’être retrouvées.

On m'avait mise en garde tu vois, on m'avait prévenue, cette histoire, tu verras, une fois hors contexte, ça ne tiendra pas la route. En réalité, ça tient carrément bien la route, la gosse et moi. Le samedi, on est allées se balader dans les jardins du château, je lui ai fait faire le tour du propriétaire, je lui ai montré le F de François 1er sur toutes les cheminées et l’aigle doré de Napoléon sur le grand portail de la très grande entrée.

Je l’ai emmenée voir les énormes carpes du bassin, on a été plutôt d’accord pour dire qu’elles étaient vraiment moches et puis on a planté nos fesses sur une pelouse mouillée, le dos chauffé par le soleil, pour contempler la plus belle vue du château. Dans l’après-midi, on a quand même eu très envie de faire un tour de vélo toutes les deux, on ne pouvait pas vraiment laisser passer cette lumière dans ces couleurs d’automne. J’avais prévu un tout petit tour, une toute petite balade histoire de mais tu sais Lorraine, une fois les fesses posées sur un vélo, elle a le sourire tellement large et le vent tellement dans les cheveux qu’elle n’a plus du tout envie de s’arrêter. Alors on a prolongé ce moment qui nous avait l’air très suspendu, on a rallongé un peu l’itinéraire avant de rentrer, un peu, pas trop, parce qu’on avait quand même une fête à préparer.

Je leur avais donné rendez-vous à 19h30 et à l’heure dite, elles sont toutes arrivées les bras chargés de trucs à grignoter, de trucs à se retrouver. On a ouvert plusieurs bouteilles, on s’est fait passer le saucisson et les tomates cerises, on n'a laissé aucune chance au fromage et on n’a plus vraiment eu faim pour le dessert. J’ai planté des bougies dans mon gâteau d'anniversaire, Stevie Wonder a chanté Happy Birthday dans nos oreilles et j’ai attendu le refrain pour souffler sur les petites flammes. Je n’ai pas fait de vœux, les gars. Je n’y ai pas pensé, je crois que j’étais trop occupée à savourer ma chance. J’ai ouvert mes cadeaux et, tu sais quoi? Il n’y en a pas une qui s’est plantée. Pas une. Elles ont toutes tapé dans le mille avec leurs petites et grandes attentions. Le mille du mille. Celui qui ne fait aucun doute. Elles m’ont recouverte d’amulettes et d’amour et je peux te dire qu’avec tout ça, je suis environ protégée jusqu’à la fin du monde. Je ne me souviens d’aucune conversation de cette soirée. Je n’ai retenu que le brouhaha, le bruit que fait la joie quand elle est forte, leurs rires et leurs voix qui chantent on va s’aimer. On a pris des photos floues, des photos mal cadrées, pas figées, pas glacées mais des photos qui disent tout ce joyeux bordel de ces femmes contentes de se retrouver. Elles étaient là, différentes et ensemble, à partager les mêmes minutes, le même espace et le même rire, à s’emparer du même léger et à saisir la même immédiateté. Et, au milieu de ma famille et de mes amies de longue date, elle aussi, elle était là, la gosse, avec sa voix grave et ses fossettes de joue bien imprimées comme si sa place avait toujours été parmi nous. Comme si sa place serait toujours parmi moi. Quand la fête a été terminée, quand on a eu éteint nos rires, la musique et la lumière, elle a ouvert son livre de sagesse une dernière fois. Elle a dit que certainement, mon hasard et sa Providence ne nous avait pas mises sur la route de l’une et de l’autre sans raison. Elle a dit qu’il y avait quelques personnes très bien placées auxquelles elle demanderait d’éclairer le futur de mon chemin et j’ai eu le cœur tout retourné qu’elle veuille bien partager avec moi leur grâce et leur lumière.


Voilà, j’ai pensé pendant longtemps que mon bonheur m’attendait quelque part, qu’il serait là, dans ce bracelet ou cette paire de chaussures qui me faisaient tellement envie, dans cette histoire d’amour qui me retournerait le cœur ou dans ce voyage au long cours qui me ferait remplir mes valises et mes souvenirs. En réalité, il est là dans le saucisson et les tomates cerises qui passent de mains en mains, dans leurs regards qui croisent le mien, dans leur présence de près et leur présence de loin. En réalité, il est juste là, à l’intérieur de moi, niché au fond de mon ventre, fondu dans mes sourires et dans mes rires de joie.




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