• sandra

[Le gris béton.]



Ce matin, en arrivant à l’école, j’ai découvert un ciel rempli de promesses mélangé au gris béton.

Un rose orangé un peu fondu, un peu brouillé au dessus de leur maison à douze étages et de leur intimité sacrifiée.

Au dessus des obsessions dinosauresques de Papy, de la fatigue d’Idriss et des frustrations de Leilani.

Au dessus de leurs dents cariées, de leur hiver sans chaussettes et de leurs week-ends sans nature.

Au dessus des jus trop sucrés, des écrans trop présents et de l’absence d’une maman retournée au pays.

Au dessus du repas de cantine insipide, de leurs dessins ratés et de leurs bonbons échangés.

Au dessus, enfin, des maîtresses qui arrivent épuisées et qui passeront une partie de la journée à leur crier dessus, à les bousculer pour les faire grandir, pour que tout aille vite, un peu trop, toujours plus.

Une poésie rose orangée venue adoucir ce gris béton et dire que ça peut être beau partout à condition de poser ses yeux où il faut. La magie d’un ciel couleur poupée venue recouvrir de douceur des regards lourds, des vies cernées et fatiguées.

Une brèche feu follet au milieu des montagnes de balcons à laquelle on se raccroche, on s’agrippe et on se cramponne.

Enfin, pas toujours, pas souvent.

Pas longtemps.

Juste le temps de vivre un moment de grâce debout devant un toboggan.




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