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  • sandra

[La liste.]


J’ai trouvé le plus beau pull du monde les gars.

Je l’ai payé trois fois rien parce qu’il a déjà été porté, il a déjà voyagé. Il est même un peu bouloché.

Avant, un avant de quelques années, j’achetais des fringues en pagaille, beaucoup, souvent. Tout le temps.

J’achetais neuf presque toujours.

C’est comme si j’avais besoin d’envelopper mon corps de couches épaisses, de me fabriquer une armure d’artifices pour paraître plus belle, plus forte, plus sûre. Sûre de moi. Sûre de mes goûts.

Sûre de tout.

J’avais besoin que l’on me voie, que l’on me remarque.

Moi qui étais si invisible.

Et puis, je crois que je comblais aussi le manque, le vide, l’absence.

Et le malamour.

Sauf que tu vois, ça n’a pas fonctionné. Ça n’a pas fonctionné du tout. Cette consommation excessive n’a rien réussi à combler.

Ni le manque, ni le vide, ni l’absence.

Et encore moins le désamour.

Elle ne m’a pas rendue plus sûre.

Ni de moi, ni de rien.

Je me suis seulement baladée d’envie en lubie, et d’obsession en frustration.

Et puis un jour, un jour où ça allait vraiment mal, je me suis dit que plutôt que de polir ma carapace, il valait mieux que je sauve mon intérieur. J’ai laissé de côté ces montagnes de vêtements que j’avais accumulés durant toutes ces années où je n’avais été aimée que pour l’image jolie, que pour la fille glacée et j’ai pris soin de moi. De ma peau mise à nue, de mon identité démasquée.

Je n’ai jamais aussi peu consommé que depuis que je me suis retrouvée.

Que depuis que je me suis trouvée.

Je ne dis pas que je ne porte plus de robes à fleurs ni de chaussures colorées. Je ne dis pas que je ne souligne plus mes yeux de noir ni mes joues de rose vanille, mais aujourd’hui, c’est différent.

Je n’ai plus besoin de tout ça pour exister.

Cet été, Florence a dit on n’a pas l’habitude de voir Sandra comme ça. Elle voulait dire sans maquillage, des vêtements à l’unité et le minimum strict dans mes sacoches. Un uniforme de liberté, sans fioritures, sans équivoque.

C’est que, tu vois, je me donne le droit d’être femme et d’être libre. Je me donne le droit d’être un tout.

Je consomme modérément, quand ça me fait un vrai plaisir.

Je consomme d’occasion aussi parce que c’est mieux pour tout le monde.

Je n’ai presque plus de lubie et j’ai fait taire mes frustrations. Elles essayent bien de revenir parfois mais dans ces moments-là, je repense à ma vie sur mon vélo, je n’avais rien et je n’ai jamais été aussi bien.

Heureuse.

Alignée. Libérée.

Je me souviens de cette conversation avec Emmanuel et Fabiola.

Emmanuel me racontait qu’une fois revenus de leur long voyage, ils avaient ouvert leurs armoires, leurs placards, leurs tiroirs et ils s’étaient demandé pourquoi ce trop qui ne sert à rien. Ils avaient alors vidé tout et cherché à retrouver l’essentiel.

Celui de leurs six mois de liberté.

Ils avaient pris conscience.

Si je te raconte tout ça, c’est parce qu’aujourd’hui, ma soeur m’a demandé ce que j’aimerais pour Noël. Elle m’a demandé de lui faire une liste.

Pour ne pas se tromper, pour me faire plaisir. J’ai bien trouvé deux ou trois trucs mais je me suis finalement rendue compte que je ne veux plus en faire, de liste, je ne veux plus être une enchaînée de la consommation.

Je préfère qu’elle se plante parce qu’elle aura imaginé.

Je préfère porter des pulls d’occasion et rêver à ma prochaine évasion.



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