• sandra

[Julien.]


J’ai reçu un message de Julien hier matin. Il disait je pars de Paris, j’arrive à Fontainebleau ce soir, on se rencontre?

J’ai dit ok, j’ai dit bien sûr.

Je ne sais pas comment expliquer mais j’ai su que ce ne serait pas chiant, que ses intentions étaient bien justes et bien à leur place et qu’avec lui, je n’aurais pas à m’encombrer de réserve ou de défiance.

Et puis, j’ai pensé à Laurence, Clémence, David et Tyfenn.

Ils m’avaient ouvert leur porte et j’avais envie de rendre la monnaie, la pièce et la pareille.

Il est arrivé, avec son vélo hyper chargé et son énergie mexicaine. Il a posé ses sacoches au milieu de mon salon, là où il y a un peu plus d’une semaine, trônaient encore les miennes. J’ai pris mon chien sous le bras et on est partis se balader.

Je lui ai montré le parc et le château, il a dit c’est beau chez toi et j’ai reconnu que j’avais de la chance.

Des fois, sous le poids des habitudes et des automatismes quadrillés, tu ne fais plus vraiment attention.

Le beau devient normal.

Le beau devient banal.

Il suffit que quelqu’un d’autre mette son doigt juste dessus, qu’il souffle un peu sur tes paupières pour que tu réalises.

On a fait une visite du genre histoire de et on est allés boire une bière. Je l’ai emmené dans l’unique rue de la soif, celle où j’éparpille mes heures perdues dès que le printemps revient. Il m’a raconté ses trois années de voyage, les aléas de sa vie et la liberté qui fleure son quotidien. Quand est arrivé le fond du verre, on est rentrés chez moi. On a bu une seconde bière et grignoté du saucisson parce que des retrouvailles de première fois c’est un peu comme une fête, ça ne s’écourte pas. Quand on a eu assez faim, j’ai rempli son assiette de salade mélangée, préparée par maman, et on a continué à suivre le tour de nos idées. Et puis ses yeux ont commencé à se faire lourds de toutes ces histoires racontées alors j’ai déplié mon canapé, j’ai retapé un ou deux oreillers et j’ai dit j’espère que ça ira.

Des lits, il avait dû en voir un paquet.

J’ai pensé à tous les instants de vie qu’il avait partagés, à toutes les conversations qu’il avait dû entamer sur des morceaux de trottoirs et j’ai senti mon impatience me chatouiller le nez.

Je lui ai dit tu vois, avant le voyage à vélo, j’ai passé ma vie à attendre.

La bonne personne.

Le bon déclic.

Le bon moment.

Il a répondu que lui, il avait attendu quarante ans avant de se réveiller.

On s’est dit que trente cinq ou quarante, finalement peu importe.

Du moment qu’un jour tes yeux s’éclairent.

Parce que, on aurait pu ne jamais se réveiller.

On aurait pu ne jamais se rencontrer.

On aurait pu.




0 commentaire

Posts récents

Voir tout