• sandra

[Île de Ré 2]



Les gars, on est d’accord que je vais te raconter l’île de Ré ?

Non parce que ça me manque de ne plus t’écrire. Et peut-être même que ça te manque, de ne plus me lire.

Il y a bien un petit voyage de prévu aux vacances d’avril. Un voyageon.

Papa est sur le coup.

Il y a bien aussi une longue aventure qui se profile cet été. Un truc un peu coriace. Papa n’est pas encore sur le coup.

Mais en attendant, moi j’écris quoi?

Alors d’accord, l’île de Ré, c’est pas vraiment le voyage, c’est pas vraiment l’aventure. Mais ça reste quand même du vélo, de longues heures les fesses posées sur une selle, le nez en l’air, à chanter il suffirait de presque rien.

Et puis, si ce n’est pas une aventure que de balader dix kilos de poils et une remorque qui doit en faire presque autant, je te demande bien ce que c’est!

Bon, allez, d’accord, puisque tu insistes, je te raconte. Sisi, je vois bien que tu insistes.

Hier, j’ai pris la route après moult péripéties. La plus drôle étant First, à qui il a pris l’envie, avant de partir, de bénir, de quelques gouttes, les sacs que j’avais posés devant la voiture. Je n’ai presque pas râlé parce que rien ne pouvait avoir raison ni de mon impatience ni de ma félicité.

Je suis arrivée au camping après cinq longues heures de route, entrecoupées de pauses café, de pauses pipi et de grand air. J’ai serré les fesses jusqu’au bout parce que je sentais bien que ça allait être juste juste mais je suis arrivée pile à l’heure pour réceptionner le vélo que j’avais réservé. Je n’aurais pas pu faire aussi pile que ce poil là.

Le gars m’a laissé le vélo et sa remorque, il m’a quand même montré, à tout hasard, comment faire fonctionner l’antivol et il est reparti. Je me suis retrouvée avec ce paquebot de trois mètres dix sur les bras, à essayer de le manœuvrer pour pouvoir faire demi tour. J’imagine que tu vois un peu le bordel. Une chance que le camping soit désert en cette saison.

J’ai récupéré la clé du mobile home, la clé de mon petit paradis, j’y ai bazardé mes affaires en me disant on verra ça plus tard, et j’ai mis First dans sa carriole, trop impatiente d’aller arpenter l’île. Il n’a pas trop compris ce qui lui arrivait, je crois même qu’il n’était pas hyper ravi.

Le mec a mouiné un long moment et puis comme je chantais plus fort que lui, il a laissé tomber. Je me suis dit que je trouverais bien une épicerie ouverte mais c’était sans compter qu’ici comme partout, c’est encore un peu l’hiver.

J’ai dit tant pis, je mangerai des pâtes, je préfère être sur mon vélo. J’ai aspiré l’air mimosa à grandes et larges bouffées, comme quelqu’un qui en aurait été privé pendant longtemps. Je n’ai pas compris tout de suite que cette odeur de fleurs qui chantait le printemps dans mes narines venait des arbres jaunes. C’est quand je les ai vus parader leur couleur vive au détour d’un virage que j’ai compris.

J’ai dit mais oui, j’ai dit mais bien sûr.

Je me suis souvenu combien j’adorais cette odeur de printemps, combien elle résonnait mars et clamait le renouveau.

Alors je me suis redit, à peu près un demi milliard de fois, à quel point je rêve de vivre ici, au milieu de ce rien qui remplit, au milieu de ce tout fait d’un vélo à travers vignes et d’une vue sur la mer.

Ce matin, j’ai travaillé et puis dans l’après-midi, j’ai voulu aller jusqu’à la Couarde, acheter des tartes à la framboise parce que ce soir, je suis invitée.

Cet été, j’en étais tombée amoureuse et j’avais envie de vérifier si c’est bien vrai ce qu’on raconte à propos de l’amour qui dure trois ans. La boulangerie était fermée et n’avait prévu de réouvrir qu’à seize heures trente sauf que moi, je ne pouvais pas rester. J’ai collé mon nez contre la vitre, j’ai dit sans regrets car il n’en restait plus qu’une et elle n’avait pas vraiment l’air d’être dans son assiette.

Je suis remontée sur mon vélo et j’ai bouclé la boucle en passant par Saint-Martin. J’ai vu les ânes en culotte courte prendre un peu de vacances et une vieille dame m’a assuré que, je pouvais la croire, ils n’étaient pas malheureux.

J’ai trouvé in extremis trois jolies tartes à la framboise surmontées d’un dôme de chantilly. J’ai dit banco mais je ne garantis pas l’état dans lequel elles arriveront sur la table de ce soir.

Parce que oui, j’ai rencard les gars.

Avec Mickaël.

Un rencard vieux de trente ans alors j’ai les mains un peu moites en t’écrivant.

Je file me préparer mais promis, craché, juré, demain je te raconterai.






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